Une initiative visant à renforcer les capacités communautaires, à protéger les jeunes et à promouvoir une réponse collective face aux problèmes liés à la consommation des substances psychoactives.
Renforcer les capacités locales face à un enjeu majeur de santé publique
La consommation des drogues constitue aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique dans de nombreuses régions du monde. Au Burundi, comme dans plusieurs autres pays en développement, ce phénomène suscite des préoccupations croissantes, notamment en raison de ses conséquences sanitaires, psychologiques, sociales et économiques, ainsi que de sa progression au sein des jeunes générations.

C’est dans ce contexte qu’une formation de deux jours s’est tenue dans la grande salle de réunion du Nazareth Hôtel, à Gitega. Elle avait pour objectif de renforcer les connaissances et les compétences des acteurs locaux en matière de prévention de la consommation des drogues, de sensibilisation communautaire et d’accompagnement psychosocial des personnes en situation de vulnérabilité.
Cette activité a réuni plusieurs catégories d’acteurs engagés dans l’éducation, la protection, l’encadrement des jeunes et la promotion du bien-être communautaire.
Une participation multisectorielle au service de la communauté

La formation a rassemblé des directeurs d’écoles, des enseignants et des encadreurs, des vicaires paroissiaux chargés de la jeunesse, des jeunes issus des paroisses, des représentants des parents, des représentants de la communauté musulmane et des Églises protestantes.
Des représentants des services de police chargés de la protection civile, des commissariats communal et régional, ainsi que du Tribunal de grande instance de Gitega ont également pris part aux échanges.
Cette diversité des participants a favorisé une approche inclusive et multisectorielle de la prévention. Elle a permis de souligner que la lutte contre la consommation des drogues ne relève pas uniquement des professionnels de la santé ou des forces de l’ordre, mais nécessite également l’engagement des familles, des établissements scolaires, des communautés religieuses, des associations de jeunesse et de l’ensemble des acteurs de proximité.
Des facilitateurs expérimentés pour accompagner les participants
La formation a été animée par deux facilitateurs : HATUNGIMANA Alain Joseph, psychologue clinicien et thérapeute, formateur principal ; et AKIMANA Félicien, facilitateur assistant.
Leur intervention a permis d’aborder les dimensions psychologiques, sociales et communautaires de la consommation des drogues, tout en encourageant les participants à partager leurs expériences et à réfléchir aux solutions adaptées à leur environnement.
Des objectifs axés sur la prévention et la sensibilisation
L’objectif général de la formation était de renforcer les connaissances et les compétences des acteurs locaux afin qu’ils puissent mieux prévenir la consommation des drogues, sensibiliser leurs communautés aux risques associés et contribuer à l’accompagnement des personnes concernées.

Plus précisément, les participants ont été amenés à :
- reconnaître les différents types de drogues et de substances psychoactives, leurs effets et les risques associés à leur consommation ;
- identifier les facteurs de vulnérabilité et les facteurs de risque présents dans leur environnement ;
- comprendre les facteurs de protection susceptibles de réduire les risques liés à la consommation des drogues ;
- élaborer des stratégies de prévention adaptées aux réalités locales ;
- renforcer la collaboration entre les familles, les écoles, les communautés religieuses, les services sociaux, les acteurs de la santé et les forces de l’ordre ;
- mieux comprendre les besoins psychosociaux des personnes en difficulté et les possibilités d’orientation vers les services compétents.
Une méthodologie participative privilégiant les échanges et la pratique
Pour faciliter l’assimilation des connaissances, les formateurs ont privilégié une méthodologie participative fondée sur l’expérience des participants et les réalités de la vie quotidienne.
Les activités ont notamment reposé sur des présentations et des exposés, des travaux en groupe, des exercices interactifs, des études de cas, des images et des supports vidéo.
La méthode GASP (Globale, Analyse, Synthèse, Pratiques) a également été utilisée pour aider les participants à comprendre les situations rencontrées, à analyser les difficultés, à dégager les enseignements essentiels et à proposer des actions concrètes.
Les modules de formation, l’ordinateur, le rétroprojecteur, les tableaux à feuilles mobiles, ainsi que les carnets et les stylos ont servi de supports pédagogiques.
Afin de faciliter la compréhension de tous, les modules traduits en kirundi ont constitué un atout important. Les participants ont ainsi pu mieux assimiler les notions abordées et exprimer leurs préoccupations à partir de situations vécues dans leurs familles, leurs quartiers et leurs communautés.
Comprendre les différentes formes de consommation et les risques de dépendance

Session de travail en groupe des participants
L’un des principaux axes de la formation a porté sur la compréhension des différents types de consommation des substances psychoactives.
Les participants ont appris à distinguer quatre formes principales de consommation :
- L’usage simple, qui correspond à une consommation ne présentant pas nécessairement de conséquences immédiates identifiées, mais qui doit toujours être évaluée selon la substance et le contexte ;
- L’usage à risque, qui augmente la probabilité de conséquences négatives pour la santé ou la vie sociale ;
- L’usage nocif ou abus, qui entraîne des dommages physiques, psychologiques ou sociaux ;
- La dépendance, caractérisée notamment par une difficulté à contrôler la consommation, un désir persistant de consommer, une place croissante accordée au produit et, dans certains cas, une tolérance accrue ou des symptômes de sevrage.
Cette partie de la formation a permis de mieux comprendre que la consommation des drogues ne peut pas être réduite à un simple problème de comportement. Elle peut impliquer des mécanismes psychologiques, physiques, familiaux et sociaux qui nécessitent une réponse adaptée.
Les participants ont également été sensibilisés à l’importance de repérer les facteurs de risque, de renforcer les facteurs de protection et d’éviter les attitudes de stigmatisation envers les personnes concernées.
La santé mentale et les premiers secours psychologiques au cœur des échanges
La formation a également accordé une place importante à la santé mentale, à la gestion du stress et aux premiers secours psychologiques.
Les participants ont été sensibilisés à l’importance de prendre soin de soi, de mieux comprendre ses émotions et de reconnaître les réactions psychologiques pouvant survenir à la suite d’un événement difficile ou traumatisant.
Les échanges ont notamment porté sur la distinction entre le stress aigu et le stress chronique, ainsi que sur les signes pouvant nécessiter un accompagnement psychologique spécialisé.

Les premiers secours psychologiques ont été présentés comme une forme de soutien humain et pratique destinée aux personnes en détresse, à leurs familles ou à leurs communautés. Ils consistent notamment à écouter avec bienveillance, à apporter du réconfort, à respecter la dignité des personnes et à les orienter, lorsque cela est nécessaire, vers les services appropriés.
Les participants ont ainsi compris que l’accompagnement d’une personne en difficulté ne nécessite pas toujours une intervention spécialisée dès le premier contact. Une écoute attentive, une attitude respectueuse et une orientation adaptée peuvent déjà constituer des étapes importantes, dans les limites des compétences de chacun.
Cette approche contribue à lutter contre les préjugés liés à la santé mentale et à favoriser une meilleure prise en charge des personnes en situation de vulnérabilité.
Une approche communautaire fondée sur la collaboration
Les discussions ont mis en évidence l’importance de mobiliser les ressources déjà disponibles au sein des communautés pour prévenir la consommation des drogues et accompagner les personnes concernées.
Les familles, les établissements scolaires, les responsables religieux, les associations de jeunesse, les services de santé, les travailleurs sociaux et les forces de l’ordre ont chacun un rôle à jouer dans cette dynamique.
Les participants ont été encouragés à considérer les personnes en situation de vulnérabilité comme des actrices et des acteurs à part entière de leur propre rétablissement et de l’amélioration du bien-être collectif, plutôt que comme de simples bénéficiaires de services.
Les échanges ont également souligné la nécessité d’agir sur deux axes complémentaires : la réduction de l’offre de drogues et la réduction de la demande, notamment par la prévention, la sensibilisation, l’éducation à la santé et la promotion de comportements favorables au bien-être.
Les actions de prévention ont été abordées à trois niveaux :
- La prévention primaire, qui vise à éviter l’apparition des problèmes liés à la consommation ;
- La prévention secondaire, qui cherche à repérer précocement les situations à risque et à intervenir rapidement ;
- La prévention tertiaire, qui vise à limiter les conséquences de la dépendance, à soutenir le rétablissement et à prévenir les rechutes.
Cette approche intégrée met en évidence la nécessité de renforcer les liens entre les différents services et les acteurs communautaires afin de faciliter l’écoute, l’accompagnement, le référencement et le suivi des personnes concernées.
Un réseau de 20 leaders sociaux mobilisés pour la prévention
Parmi les résultats de la formation figure la mise en place d’un réseau social composé de 20 leaders communautaires, destiné à favoriser le partage d’expériences, de stratégies et de bonnes pratiques en matière de prévention et de lutte contre la consommation des drogues, notamment chez les mineurs.
Ce réseau constitue une base de collaboration pour encourager les initiatives locales, renforcer la sensibilisation de proximité et faciliter la mobilisation des ressources communautaires.
Les participants ont également manifesté leur intérêt pour des orientations plus concrètes concernant l’identification des personnes en difficulté, les modalités de référencement et les services vers lesquels elles peuvent être dirigées.
La dynamique engagée ouvre ainsi des perspectives pour consolider les mécanismes de prévention et améliorer la collaboration entre les acteurs intervenant auprès des jeunes et des familles.
Des participants satisfaits et activement engagés
Tout au long de la formation, les participants ont fait preuve de dynamisme et d’un réel intérêt pour les thématiques abordées.
Les travaux de groupe ont été particulièrement appréciés, car ils ont permis à chacun de s’exprimer, de partager ses expériences et de confronter ses idées à celles des autres.
Les participants ont également contribué à l’élaboration de propositions d’actions concrètes adaptées aux réalités de leurs quartiers.
Les évaluations réalisées au cours des deux journées ont fait ressortir une appréciation positive de la formation. Plusieurs participants ont souligné la pertinence des thèmes, l’utilité des connaissances acquises et la qualité de la méthodologie participative.
L’utilisation des modules en kirundi a facilité les échanges et permis une meilleure compréhension des notions relatives à la consommation des substances psychoactives et à la santé mentale.
La curiosité manifestée par les participants, leurs nombreuses questions et leur volonté de trouver des solutions aux difficultés observées dans leurs communautés témoignent de leur engagement en faveur de la prévention.
Des défis à prendre en compte pour les prochaines formations
Malgré les résultats encourageants, la durée de deux jours n’a pas permis d’approfondir tous les sujets abordés.
La prévention de la consommation des drogues, la compréhension des mécanismes de dépendance, la santé mentale et les premiers secours psychologiques sont des thématiques qui nécessitent du temps, des exercices pratiques et un accompagnement continu.
Les participants ont notamment exprimé le besoin de mieux comprendre comment intervenir auprès d’une personne présentant des difficultés psychologiques, comment l’orienter vers un service approprié et comment assurer un suivi adapté.
Ces préoccupations soulignent l’importance d’organiser des formations complémentaires, de renforcer les capacités des acteurs de proximité et de développer des mécanismes de référencement et de collaboration avec les professionnels compétents.
Les principaux enseignements de la formation
Cette activité a permis de mettre en évidence plusieurs enseignements importants.
Premièrement, la consommation des drogues et les problèmes de santé mentale restent des sujets sensibles qui nécessitent un dialogue ouvert, respectueux et adapté aux réalités socioculturelles du Burundi.
Deuxièmement, les communautés ont besoin d’informations fiables pour distinguer les différentes formes de consommation, reconnaître les situations à risque et comprendre les conséquences possibles de l’usage des substances psychoactives.
Troisièmement, la prévention ne peut être efficace sans une collaboration étroite entre les familles, les établissements scolaires, les communautés religieuses, les associations de jeunesse, les services de santé, les services sociaux et les autorités compétentes.
Enfin, les personnes touchées par la consommation des drogues ou par des difficultés psychologiques ont besoin d’être écoutées, accompagnées et orientées sans jugement ni stigmatisation.
Ces enseignements renforcent la conviction que la prévention commence au sein des familles et des communautés, grâce à l’information, à l’éducation, à la solidarité et à la responsabilité partagée.
faire de la prévention une responsabilité collective
La formation organisée au Nazareth Hôtel, à Gitega, a constitué une occasion importante de renforcer les connaissances des acteurs locaux sur la prévention de la consommation des drogues, la santé mentale et les premiers secours psychologiques.

Au-delà des connaissances acquises, elle a favorisé le dialogue entre des acteurs issus de différents secteurs et mis en évidence leur volonté de contribuer à la protection des jeunes et au bien-être de leurs communautés.
La mise en place d’un réseau de 20 leaders sociaux représente un premier pas vers une mobilisation communautaire plus structurée. Sa pérennité dépendra notamment de la continuité des échanges, de la mise en œuvre des actions envisagées et du renforcement des liens avec les services compétents.
Face aux défis posés par la consommation des drogues, la prévention, l’écoute, la solidarité et la collaboration constituent des leviers essentiels pour protéger les jeunes, soutenir les familles et promouvoir des communautés plus saines et plus résilientes.
Chaque acteur a un rôle à jouer. En unissant leurs efforts, les communautés peuvent contribuer à créer un environnement où les jeunes sont mieux informés, mieux accompagnés et davantage protégés contre les risques liés à la consommation des drogues.